bouée des producteurs locauxImplantée à Saint-Père-en-Retz depuis 1905, elle se targue de compter parmi les plus généreuses de France. Pour 2016, elle s’est engagée à ne pas descendre en dessous des 300 € la tonne de lait.

Qu’est ce qu’une laiterie ?

On y reçoit le lait, on le transforme puis on le vend. À la laiterie de Saint-Père, 25 chauffeurs ramassent le lait de quelque 500 producteurs situés, pour l’essentiel, au sud de la Loire-Atlantique et au nord de la Vendée. Dans l’usine de Saint-Père il est ensuite transformé en lait de consommation (celui que vous avez dans le frigo) ou en crèmes dessert. Avec la matière grasse non-utilisée, on fabrique ici du beurre et de la crème fraîche.

À qui appartient celle de Saint-Père-en-Retz ?

Société familiale à sa création en 1905, elle est, depuis 1990, propriété du groupe Mousquetaires (Intermarché). Elle emploie aujourd’hui 305 personnes en CDI et une trentaine d’intérimaires.

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Qui sont les clients de la laiterie de Saint-Père ?

Près de 60 % des bouteilles de lait que l’on trouve chez Intermarché viennent de Saint-Père-en-Retz. 75 % des produits faits ici rejoignent les rayons d’Intermarché. Mais la laiterie travaille également pour d’autres grandes surfaces (Auchan, Casino) et vend ses produits à l’étranger, et notamment en Chine.

Comment se porte la laiterie ?

Plutôt bien. Entre 2010 et 2015, son chiffre d’affaires est passé de 123 millions d’euros à 217 millions. La société vient de terminer un investissement de 20 millions d’euros, s’offrant une ligne de production flambant neuve, beaucoup plus autonome et rapide. Pour donner un ordre d’idée, cette ligne réalise et remplit neuf bouteilles de lait par seconde…

Quelles conséquences pour les producteurs ?

Il y a quelques mois, la laiterie a annoncé à ses 500 producteurs qu’elle allait avoir besoin de plus de lait. En 2015, elle a utilisé 240 millions de litres ; en 2017, elle table sur 270 millions. Une augmentation prévue grâce à l’obtention de nouveaux contrats, notamment auprès d’Intermarché. Pour répondre à cette demande, certains agriculteurs se sont agrandis. La laiterie a également choisi de nouveaux collaborateurs.

Comment déterminer le prix payé aux producteurs laitiers ?

Après la crise laitière de 2009, il a été décidé que le prix du lait serait fixé par des indicateurs, eux-mêmes basés sur le cours de la poudre de lait. En 2013 et 2014, le marché est juteux. La tonne de lait est payée jusqu’à 400 € aux producteurs. Alors, dans les rayons des supermarchés, les prix grimpent.

Puis, au cours de l’été 2015, une nouvelle crise ébranle les campagnes. Le prix de la poudre – et donc du lait par ricochet – s’effondre. La laiterie de Saint-Père décide alors de ne plus suivre ces fameux indicateurs et de respecter à la lettre les recommandations du ministre de l’Agriculture : payer les agriculteurs 340 € la tonne de lait. Elle a tenu jusqu’à fin décembre…

Quelle est la situation aujourd’hui ?

En janvier, les producteurs de la laiterie de Saint-Père recevront 310 € par tonne de lait ; 305 € en février ; 300 € en mars. Ce sont les ventes réalisées à l’export qui fragilisent aujourd’hui la laiterie. La chute de croissance en Chine et l’embargo russe entraînent une surproduction et, donc, une baisse des prix.

Si la laiterie de Saint-Père s’est engagée à ne pas descendre sous la barre fatidique des 300 € la tonne, ce n’est pas le cas d’autres groupes qui, au cours de l’année, pourraient arriver à 260 €…

De 1905 à 2015, un siècle de changements

1905

L’entreprise est créée par M. Bigeard et M. Fillaud. Elle ne produit que du beurre et de la crème.

1990

Intermarché achète la laiterie.

59 %

La part du lait dans le chiffre d’affaires. Suivent les desserts (24 %), le beurre (12 %) et la crème (5 %).

5

Le nombre de personnes travaillant au service Recherche et développement. Ainsi, la laiterie a commencé à produire du beurre aromatisé aux algues, des crèmes dessert à la guimauve ou encore des liégeois aux fruits.

25 millions

Le nombre de litres de lait « bio » sur un total de 226 millions de litres en 2014.

465 000

Le nombre de litres de lait fournis en moyenne par un producteur, par an.

23 millions

L’investissement que vient de réaliser la laiterie pour une nouvelle ligne de production.

4 ans

La durée depuis laquelle les lignes de production ne se sont pas arrêtées à Saint-Père-en-Retz. L’usine fonctionne 24h/24h, sept jours sur sept.

« On est mieux lotis qu’ailleurs mais ce n’est pas assez »

Témoignage de Valéry Chéneau, président  de l’association des producteurs  de lait de la laiterie de Saint-Père.

 

« 2016 va être une année noire. Je pense que les mobilisations que l’on voit en France aujourd’hui ne sont qu’un début. Les agriculteurs n’ont rien à perdre et tout le monde est touché : volailles, porc, lait, céréales, etc. Notre association regroupe environ 170 producteurs. Le but ? Défendre notre cas auprès de la laiterie et essayer de tirer les prix vers le haut. Nous avons la chance d’avoir une entreprise qui accepte la discussion avec laquelle nous entretenons de bonnes relations. Mais c’est comme partout : il y a toujours une différence entre les attentes de celui qui paie et de celui qui est payé !

La laiterie Saint-Père est l’une des seules en France à avoir respecté les recommandations du Ministre en nous payant 340 € la tonne de lait jusqu’en décembre. Mais en ce début d’année, le prix est plutôt de 300 €. C’est bien en dessous de notre prix de revient qui est de 340 €. Alors forcément, quand le prix de vente ne couvre pas le coût de production, on ne peut pas se réjouir.

C’est moins pire que dans beaucoup de laiteries mais ce n’est pas suffisant pour autant. Le gouvernement annonce des enveloppes de plusieurs millions d’euros pour aider les agriculteurs, mais une fois arrivé chez nous, en bout de chaîne, c’est très peu. Mon dossier n’a pas été retenu mais un autre producteur, voisin, a obtenu une aide… de 1 500 €. C’est une goutte d’eau.

Des crises on en a connu, mais des aussi sévères et des aussi longues, jamais. »

« L’année 2016 sera compliquée, il n’y a pas de doute là-dessus »

Trois questions à  René Grelaud, directeur de la laiterie de Saint-Père-en-Retz.

Selon le magazine Éleveur laitier, vous êtes dans le trio de tête des laiteries qui paient le mieux en France. Comment faites-vous ?

Ce matin, j’étais en ligne avec le président de nos producteurs de lait. Ce soir, je peux avoir un rendez-vous avec l’un des responsables d’Intermarché. Nous avons la chance de fonctionner en circuit court, sans intermédiaire. Notre marché à l’export représente 25 % de notre activité, c’est moins que beaucoup de groupes. J’ai déjà vendu mon lait de 2017 à Intermarché.

Donc quand je dis aux agriculteurs qu’il faut produire plus, je suis sûr de respecter mon engagement. Notre autre chance est de ne pas produire de poudre de lait, un produit qui aujourd’hui s’effondre.

Quelles relations entretenez-vous avec les producteurs ?

Toutes les décisions de notre laiterie se prennent à Saint-Père-en-Retz. Au moindre problème, les producteurs savent qui appeler. Il y a une proximité entre les producteurs et les décideurs, c’est historique. Aujourd’hui, les producteurs de notre laiterie sont regroupés en association. J’ai rencontré le président en décembre, je le revois dans quelques semaines. Ils ont une visibilité sur les prix que nous allons leur payer. Et puis nous fonctionnons avec des primes : nous payons davantage les jeunes agriculteurs qui s’installent pendant les cinq premières années. Nous aidons également, pendant deux ans, ceux qui choisissent de passer en bio.

Quel discours tenez-vous aujourd’hui auprès d’eux ?

L’année sera compliquée. Quand le marché s’améliorera, il y aura suffisamment de stocks pour qu’il faille plusieurs mois avant d’en ressentir les bienfaits. D’ici la fin de l’année, je vois mal les prix augmenter.

Ma crainte est aujourd’hui que certaines laiteries, payant moins leurs producteurs, cassent les prix auprès des grandes et moyennes surfaces.

Ça, ça me fait peur. Parce que j’ai vendu tant de litres à Intermarché pour 2017, certes, mais nous n’avons pas fixé de prix.

Le prix du lait a une importance psychologique chez la ménagère qui fait ses courses. Si elle le paie moins cher ailleurs, elle changera de supermarché, c’est évident. Donc la grande surface fera pression sur nous et nous serons obligés de le répercuter chez les producteurs…

 

Source : Ouest-France